Un pas vers la compréhension des dynamisations homœopathiques

Extrait du tome 1

Le choix d'une dilution homéopathique relève du flou artistique le plus complet, tous nos collègues homéopathes en conviendront ! Nous ne disposons d'aucun critère pour nous aider dans notre choix, et les meilleures écoles, si elles nous ont offert des techniques merveilleuses pour nous amener au choix du remède, nous ont tous laissés sur notre faim au sujet de la dose à donner.

Par ailleurs, nous avons tous vécu des situations où un patient, bien dépanné par une dose donnée de son remède, n'est plus du tout aidé par une autre dose du même remède, alors que le choix du remède paraissait solidement documenté. Situation extrêmement irritante et déconcertante, qui nous laisse perplexes et déçus.

Après douze ans de recherche, l’ambition de ce travail, qui n’a certes pas réponse à tout, est de tenter de soulever un coin du voile…


PREMIERE PARTIE : PRINCIPE GENERAL.

Le point de départ de la réflexion.
En ce qui me concerne, ce problème a commencé à m'interpeller à la fin des années 80 grâce au cas d’un patient souffrant d'une recto-colite hémorragique.


Première consultation.
Le patient, âgé d’une trentaine d’années, souffre de recto-colite hémorragique depuis quelques années. Il a reçu de la Sulfasalazine sans grand succès.

Actuellement, il refuse tout traitement allopathique. Du point de vue digestif, les symptômes consistent en une évacuation de glaires sanglants plusieurs fois par jour, avec beaucoup de faux besoins; des crampes intestinales vives se manifestent à la moindre contrariété. D'un point de vue plus général, le patient se décrit comme très stressé, tendu, souffrant beaucoup de trac et de manque de confiance en soi. Le but de cette étude n'est pas de vous présenter une discussion et une répertorisation du cas; sachez seulement que, pendant près d’un an, je n'ai pas vraiment fait preuve de génie, puisque ce monsieur a reçu successivement: Arg.N, Lyc, Ars.A, Puls, Merc.

A l’issue de cette année, après toutes ces recherches, je finis par lui prescrire une dose de Aurum 200K, avec un effet formidable: disparition des symptômes, et modification très positive de son psychisme. Il fait même une loi de Hering sous forme d'une poussée d'hémorroïdes qui lui rappelle une crise datant de plusieurs années.

Six mois plus tard, il me dit: "Je suis guéri"!

Six semaines après (et oui, déjà), le patient consulte à nouveau pour réapparition de tous ses problèmes: le résultat avait "tenu" huit mois. Lors de cette récidive, je rends Aurum en MK ... sans le moindre effet!! Déçu, je perds mon temps à lui donner une dose de NuxV en MK.

Quelques semaines plus tard, je me décide à revenir à Aurum, qui, après tout, avait si bien marché: une nouvelle dose du remède, en 9CH, rétablit à nouveau la situation en quelques semaines.

Un an après, une rechute modérée fait l'objet d'une dose de Aurum D9.. avec ré-aggravation catastrophique en quelques jours . Le patient a alors reçu une nouvelle fois 9CH, avec un soulagement rapide.

Actuellement, ce monsieur reste asymptomatique suite à cette dernière dose de Aurum 9CH ; le recul est maintenant de10 ans.

La conclusion s'impose: le simillimum, pour être efficace, doit être prescrit dans une dynamisation dont la hauteur énergétique correspond au défaut énergétique du patient; faute de quoi, le résultat risque d'être partiel, transitoire ou nul.

Partant de là, quelle clef utiliser pour percer la loi des dynamisations? Mon choix s'est porté sur le symbolisme des nombres: de longue date, l'homme a attribué aux nombres une signification symbolique dépassant de loin le simple usage mathématique. Pourquoi ne pas faire usage de ce langage éternel et universel en le transposant aux dynamisations homéopathiques, en fonction de l'état physique ou mental du patient, ou de la localisation de sa pathologie?


CH, D, K ou 50 LM?

1/ La dilution centésimale.
Dans la notion de dilution centésimale, nous trouvons bien entendu le nombre cent. « Cent symbolise une partie qui forme un tout dans le tout, un microcosme dans le macrocosme; ce nombre individualise une réalité quelconque dans un ensemble.» (Dict.des symboles,Chevalier et Gheerbrant)

La dilution centésimale, selon cette définition, doit correspondre à l'organe, qui est bien une réalité individuelle dans cet ensemble qu'est l'organisme. On peut donc penser qu'une CH va nous permettre de cibler spécifiquement un organe ou une partie du corps, en particulier si cet organe "reste à la traîne" alors que le patient va bien par ailleurs.

2/ La dilution décimale.
Dans la dilution décimale, nous trouvons le nombre dix. « Dix est symbole de totalité, d'achèvement, de retour à l'unité après le développement du cycle des neuf premiers nombres.

Dix est également symbole de création universelle: tout dérive de lui, tout remonte à lui: c'est l'image d'une totalité en mouvement.

En Chine, dix est avant tout considéré comme le double de cinq: tout en symbolisant un ensemble, dix a donc une dualité fondamentale, principe de mouvement. »(Dict.des symboles)

Ce nombre est donc riche de trois notions:
-dynamique-cosmique-d’achèvement, d'accomplissement.

La dilution décimale correspondrait à un patient en évolution, à quelqu'un qui "bouge", qui s'accomplit, ou qui accomplit son destin cosmique. Elle suppose un certain niveau de conscience de la part du patient. Je pense qu'elle ne s'adresse pas à n'importe qui, que tout le monde n'est pas prêt à la recevoir, et qu'elle ne doit pas être prescrite à la légère. Nous sommes en tous cas bien loin des "draineurs" complexes souvent prescrits en D3, D6 etc.

J'ai eu plusieurs fois l'occasion de constater qu'une "D" prescrite pour un problème purement physique court à l'échec!

Un patient bien amélioré par une 200K re-consulte parce qu'il rechute: je lui donne une D du même remède, et rien ne se passe; je lui rends une 200K, et toutva de nouveau mieux.

De même, une « D » prescrite chez quelqu'un qui n'est pas mentalement prêt à la recevoir aggrave la situation du patient, d'autant plus nettement que le remède est simillimum! Cette mésaventure s'est produite avec une patiente d'une quarantaine d'années,débarrassée de ses migraines par Nux Vomica 2O0K; lors d'une rechute modérée, la prescription de Nux en D9 a provoqué une brutale et immédiate recrudescence du problème; le remède rendu en 200K à tout remis en place.

Cette patiente n'étant nullement disposée à changer sa vie, et notamment à corriger ses habitudes alimentaires, la prescription d'une D était inadéquate. J'ai connu le même genre de déboire avec une patiente de soixante ans, traitée pour hypoacousie et acouphènes: excellente amélioration avec 200K, évolution catastrophique immédiate avec D40 du même remède, ré-amélioration avec 200K; et cela pour les mêmes raisons.

3/ La dilution K.
Le sens de la dilution K est moins facile à débrouiller puisque aucune notion chiffrée évidente ne peut nous aider à le comprendre. Faut-il se référer à l'initiale du Dr Korsakoff? Sans doute.

Néanmoins, je trouve très intéressante la notion "KA" de l'Egypte ancienne. Cette comparaison paraîtra « tirée par les cheveux », mais elle peut malgré tout nous éclairer.

En Egypte, KA correspond à la puissance cosmique reçue par l'individu; « il symbolise une force vitale, apte à se personnaliser de plus en plus, suivant l'évolution de la conscience. » (Dict. des symboles). Somme toute, cette définition correspond très bien à notre conception de l'énergie vitale au sens hahnemannien: une énergie reçue de Dieu, - ou du cosmos, comme vous voudrez - et dont l'équilibre doit être optimalisé de façon que l'être vivant corresponde au mieux à sa propre nature.

Ceci nous amène à ouvrir une parenthèse pour introduire la notion de « nombre parfait ». On entend par là un nombre qui est égal à la somme de ses diviseurs.(ex : 6 = 1+2+3).

Ces nombres sont peu nombreux (6, 28…) comme sont peu nombreux les êtres vivants qui correspondent réellement à ce qu’ils semblent être… Dans l’immense majorité des cas, la somme des diviseurs est inférieure au nombre :

le « contenu » ne tient pas les promesses que les apparences faisaient miroiter… Or, quelques nombres, assez peu nombreux, présentent la propriété inverse : la somme des diviseurs est supérieure au nombre considéré! Un peu comme si leur richesse intérieure n’était pas d’emblée perceptible : en quelque sorte, ils gagnent à être connus. Or il se fait que, parmi ces nombres particuliers, on retrouve comme par hasard nos auxiliaires bien connus : 12, 30, 200, 1000 et 10.000 ! Tout cela fait de K la dilution de choix pour les problèmes quotidiens, la dilution véhiculaire par excellence; ceci est d'ailleurs confirmé par l'usage qu'en ont fait nos aînés dans notre région.


Extrait du tome 2

1. L’OVULATION et LE NOMBRE 6.
6 est mathématiquement un nombre parfait, puisqu´il égale la somme de ses diviseurs. En outre, le rayon du cercle s´inscrit 6 fois dans la circonférence. Cependant, si nous avons affaire à une perfection, elle reste néanmoins enfermée, prisonnière de ce cercle matériel dont elle ne sortira que grâce au nombre « 7 ».. Cette notion de perfection et de cercle restrictif (oserais-je dire : d’enceinte !) m’a fait songer à appliquer la dynamisation six à l’ovule. Ovuler revient à élaborer une cellule vivante qui fait bien partie du « soi », mais avec un devenir différent : elle est destinée à devenir « non-soi », à « sortir du cercle »

Nous savons que 5 est le nombre qui symbolise l’humain. 6, qui lui fait suite, correspond à l’opposition : en particulier l’opposition de la créature à son créateur. Un bon moyen d’affirmer cette opposition, c’est d’être parfait soi-même, en devenant créateur! En fabriquant une cellule sexuelle, par exemple : c’est l’ovulation ou la spermatogenèse. L’énergie ainsi manifestée par l’humain 5 débouche sur le 6, qui est à la fois encore soi et déjà non-soi, la cellule sexuelle.

Nous savons que le gamète 6 est appelé à accéder à une autre nature par fécondation : rien d’étonnant à cela, si l’on se souvient que « six » trouve son origine étymologique dans le latin "sex" qui donnera également "sexe" !

Dans une optique plus picturale, nous observons que le 6 est le seul nombre qui, renversé, va traduire une valeur différente : le 9, triple ternaire, symbole d’accomplissement. Il s’agit ici aussi d’un changement d’état, d’un accès vers autre chose.


Une patiente accueillie en Mai 2003.
Cette personne me consulte dans le cadre de maux de gorge à répétition. Angines et pharyngites sont très fréquentes depuis l’adolescence. Mais le premier contact établi, on en vient au problème le plus lourd : une grossesse qui n’arrive pas. La patiente a été réglée assez jeune, vers 10 ans et demi. Les règles se sont rapidement espacées. Actuellement, les cycles atteignent volontiers 50 jours. Une première grossesse a été obtenue par insémination, au troisième essai. Le problème est précisément identifié : pas d’ovulation. Ce qui a motivé la prescription de Clomid, que la patiente ne souhaite plus utiliser. Dans le cadre d’un interrogatoire plus général, nous relevons encore des cra¬quements de l’articulation des genoux, une transpiration très abondante la nuit, et surtout beaucoup de pyrosis et de gastralgies. Ceci a été étiqueté « oesophagite peptique de grade I ». Ajoutons encore que la patiente est quelqu’un de très conciliant, pour qui s’opposer à autrui est fort difficile.

En Mai 2003, la première prescription consiste en une dose de Pulsatilla 200k, sur base de la répertorisation.

En Novembre 2003, la patiente revient avec une bonne amélioration digestive : gastralgies et pyrosis sont considérablement atténués. Pas de grossesse cependant…et des règles toujours aussi espacées.

Elle reçoit une dose de Pulsatilla MK.

En Janvier 2004, les problèmes d’estomac ont disparu, mais la grossesse espérée se fait toujours attendre.

La patiente reçoit alors 6 doses de Pulsatilla 6CH, à prendre à raison d’une par semaine.

En Mars 2004, la patiente n’est pas enceinte, mais elle a été réglée deux fois, à 28 jours d’intervalle. Et elle considère qu’elle a eu une ovulation, sur base de son observation personnelle.

Pas de remède : je préfère attendre sans prescription.

En Mai 2004, la patiente est enceinte.


Nouvelle patiente. Juin 2004.
Cette personne a arrêté la prise de pilule il y a deux ans dans le but d’être enceinte. Le premier cycle sans pilule a déjà été douloureux, et les douleurs n’ont fait que s’intensifier ensuite, avec des cycles de plus en plus longs. Un diagnostic d’endométriose a été posé. Ceci a fait l’objet de deux interventions, en Juin et Octobre 2003. Puis ont été entamées des fécondations in vitro. Actuellement, la patiente en est à la troisième FIV sans succès. Que dire de sa profession? La patiente est criminologue : elle encadre des jeunes délinquants et des gens qui sortent de prison. Ce travail est très stressant pour elle. Elle m’explique qu’elle a commencé à se faire superviser sur le plan psychologique précisément à l’époque où elle a arrêté la pilule. Cette supervision a été pour elle l’occasion de travailler une problématique plus personnelle, en rapport avec sa mère.

« mes parents ont divorcé quand j’avais 5 ans ½, et j’ai quitté ma mère pour m’installer avec mon compagnon. J’ai toujours eu avec ma mère une relation très stressante : vis-à-vis de moi, elle est dans le jugement et la culpabilité. Elle rêve d’être grand-mère et me met la pression (!) Ma grand-mère maternelle est décédée il y a quelques mois ; elle était très douce et j’étais très proche d’elle. Peut-être une grossesse pourrait-elle en quelque sorte me libérer de ma mère en me donnant un statut d’égalité par rapport à elle ?! »

L’énoncé de toute cette problématique maternelle a évoqué pour moi Magnesia Muriatica. (Un peu dans la ligne des travaux de Scholten) Et à l’époque, j’ai pensé renforcer l’impact du remède et tenir compte à la fois de la notion de maternité et de féminité en ayant recours à une dynamisation 8. La patiente a donc reçu Magnesia Mur.8CH, une dose.

Début Septembre 2004, le bilan n’est pas négatif : la patiente a été réglée trois fois, et les règles ont été indolores. « Trois cycles indolores, cela a changé ma vie » me dit-elle. C’est déjà cela… même si aucune grossesse n’est en vue. Un nouveau bilan gynécologique a été pratiqué, qui identifie clairement un défaut d’ovulation comme responsable de cette stérilité.

Le remède administré alors est Magnesia muriatica, sous forme de 6 doses de 6CH, 1/semaine.

Fin Octobre 2004, la patiente qualifie l’acquis de « spectaculaire » : elle est enchantée de vivre des menstruations indolores, et un cycle de 25 à 29 jours. Mais pas de grossesse. Il est question de refaire des FIV : « cela me ramène à ces mois d’horreur, de médicalisation, et je ne suis pas du tout optimiste quant au résultat; cela me déprime de recommencer des in vitro, et d’avoir à nouveau une vie intime réglée par le calendrier »

Je demande encore un petit délai, et je rends le même remède, de la même façon : 6 doses de Magnesia Mur 6CH.

Fin Décembre 2004 : la patiente est enceinte.


Auteur: Dr. Jean Lansmanne, le 21 Avril 2009.
Publié sur le portail HomeoBel.
Source: http://www.homeobel.org/index.php?page=article&id=42