Stratégie Biochimique et Relationnelle. Les Remèdes Composés en Homéopathie.

Exposé de la Doctrine du Docteur Henri Bernard

Ce chapitre a pour but de montrer comment il est possible, à partir d'un remède donné par un répertoire et une MMH de déduire un ou plusieurs remèdes composés, ayant une pathogénésie (ou non), dans la MM.

En effet, de tout temps, les remèdes composés ont échappés au Médecin Homéopathe Généraliste, bien sûr avec le répertoire, mais sans cet appui également.

Pas mal de Confrères, ont soutenu que cette manière de procéder n'était pas homéopathique, or, notre propos est de démontrer, que tout au contraire, cela est inscrit de fait, dans notre Doctrine, et de plus, qu'il est possible de lui donner des extensions modernes et inattendues,

Sur cette route apparemment nouvelle, trois phares: Samuel Hahnemann, James Tyler Kent et Henri Bernard.

Autour d'eux, en satellites, de nombreux autres confrères et non des moindres : Hodiamont, Clarke, Douglas Borland, Fergie Woods, Charette, Duprat, etc ...


1. Frédéric Samuel Christian Hahnemann et la chimie

Voici un aspect fort peu connu de S.C. Hahnemann, celui de chimiste. Et pourtant, en compulsant d'un coup d’œil la longue liste de ses travaux, il est aisé de se rendre compte combien S.C. Hahnemann fut un chimiste, avant d'être un Médecin.

Son Beau-père était Pharmacien, et Hahnemann en fût le stagiaire durant de longs mois. De toutes les façons, la Médecine telle qu'elle existait à la fin du 18 ème, début du 19 ème siècle ne pouvait se nommer Médecine, mais amalgame de recettes plus ou moins bizarres, et même " loufoques ".

Compulsez les ouvrages historiques et irremplaçables du docteur Richard Hael, ainsi que celui du Professeur Bradford, son Maître, sur S.C. Hahnemann, et constater la liste des travaux chimiques de ce dernier avant 1810 ; ils sont au nombre d'environ 27. Certains sont des traductions, d'autres des créations.

Mieux, certaines traductions que S.C. Hahnemann a réalisées du Français en Allemand, ont fait autorité dans le monde chimique, compte tenu des additifs et notes du Père de l'Homéopathie. Par exemple, celle du Français Demachy.

Comme j'ai souvent coutume de le dire et de le démontrer, S.C. Hahnemann ne fût pas un Médecin, mais un Chimiste et un Hygiéniste. Il faut lire également, en partant du glossaire alphabétique de Pierre Schmidt, tant pour l'Organon que les Maladies Chroniques, combien les connaissances chimiques d'Hahnemann sont précises et pertinentes. On a l'impression très nette de connaissances biochimiques actuelles.

Mais à aucun moment, je n'ai pu trouver chez S.C. Hahnemann, écrit noir sur blanc, l'indication de créer des remèdes composés, comme l'ont fait plus tard Kent et ses Élèves. La seule idée générale qu'il convient de retenir de ce 1 er paragraphe, est que l'Homéopathie a baignée, dés sa genèse, dans la chimie, et dans une chimie extrêmement précise et raffinée.

Par contre, avec J.T. Kent, tout est écrit noir sur blanc.


II. Les Remèdes Composés et James Tyler Kent

Dans ce domaine, il suffit non pas de paraphraser mais de traduire, à partir de sa MM, et des New Remedies. (Qui figurent in extenso sur mon site, intégré dans " Homéopathe International ") .Voici donc, en extraits, cette traduction :

Matière médicale d’ Alumina
" …. Lorsque vous aurez de bons provings, concernant un oxyde ou un carbonate et que les symptômes mentaux seront bien mis en évidence, vous pourrez vous servir de ces symptômes mentaux, d'une façon présomptive, en prescrivant un autre sel ayant la même base mais possédant dans son proving, peu de symptômes mentaux.
Par exemple, vous avez un groupe de symptômes caractéristiques qui conduisent à Alumen ; mais les symptômes mentaux d'Alumen n'ont pas été objectivés, lors du proving ; par contre vous avez les symptômes mentaux d'Alumina, qui est la base d'Alumen, Alumen étant l'oxyde ; et bien, si votre malade a les symptômes physiques d'Alumen, et les symptômes mentaux d'Alumina, vous pouvez en toute rationalité, prescrire Alumen, et vous attendre à la guérison de votre malade, car il se trouve de l'aluminium dans les deux corps. "

Matière médicale d’ Arsenicum Iodatum
" …. Par une étude des éléments composant ce remède, on peut en déduire que c'est un remède constitutionnel d'action profonde. "

Matière médicale de Calcarea arsenicosa
" ….. Comme ce remède résulte de l'union chimique de deux remèdes d'action profonde et bien expérimentés, on peut penser d'emblée qu'il s'agit d'un remède d'action longue et profonde, bien adapté aux maladies chroniques. "

Matière médicale de Ferrum phosphoricum
" … Il ne peut agir moins que Ferrum et Phosphoricum Acidum qui le composent. "

Matière médicale de Iodum
" … le remède ne peut rester immobile, aussi marche t-il jour et nuit. Ce remède véhicule avec lui ce même symptôme dans Kalium Iodatum. "

Matière médicale de Kalium Bichromicum
" …. le remède occasionne de l'amaigrissement, comme tous les sels de Potassium. Les sels de Potassium sont généralement sensibles au temps sec et froid.. Comme les autres sels de Potassium, il a guéri des cas d'épilepsie. "

Matière médicale de Kalium Sulfuricum
" ….. Deux remèdes d'action très profonde s'unissent pour former celui- ci. Dewey, dans ses travaux, en donne la meilleure présentation sur le plan biochimique. Durant des années, Dewey a noté les cas qu'il a guéri avec ce remède, et a montré que ces résultats étaient justifiés par l'étude des 2 remèdes composant Kalium Sulfuricum ".

Matière médicale de Magnesia Carbonica
" …. Comme tous les autres remèdes composés de Magnésie, il a de très violentes douleurs névralgiques. "

Matière médicale de Natrum Sulfuricum, New Remedies
" …Comme son nom l'indique il est formé par la combinaison chimique du sodium et du soufre. Il partage à la fois les magnifiques propriétés du sodium et du soufre ; un jour, il deviendra un grand remède ... Natrum sulfuricum, combine dans une certaine mesure, les magnifiques propriétés de Natrum muriaticum et de Sulfur, dans nos régions de l'Ouest. "

Je vais interrompre ici ces citations en ajoutant que Kent semble tourmenté par ces remèdes composés ; en le lisant, on ressent l'impression très nette qu'il hésite, qu'il n'est nullement sûr de ce qu'il écrit ; puis, en s'appuyant sur les travaux de Schluesser, mais surtout sur Dewey, il convient de l'utilité pratique des remèdes composés et surtout de la manière technique de les faire sortir de notre MM, même s'ils n’ont pas de provings.

Toutefois, dans les New remedies, vous trouverez le proving détaillé de certains remèdes, que l'on sort facilement en composant les remèdes entre eux. Les voici, il faut y penser dans la pratique quotidienne :

Alumina phosphorica,
Alumina silicata,
Arsenicum sulfuratum flavum,
Aurum arsenicum,
Aurum iodatum,
Aurum sulfuricum,
Barium iodatum,
Calcarea iodata,
Calcarea silicata,
Ferrum Arsenicum,
Ferrum iodatum,
Kalium muriaticum,
Kalium silicatum,
Natrum silicatum,
Sulfur iodatum,
Zincum phosphoricum.


III. Les Élèves Anglais de Kent

Je veux parler des Élèves Anglais de Kent, car c'est par eux, que cette manière de raisonner est arrivée en Europe. Après Margaret Tyler, il existe cinq Élèves Anglais de Kent, qui ont fait parler d'eux ; ce sont les Docteurs : Margaret Tyler, sir John Weir, Douglass Borland, H. Fergie Woods et Robert Gibson Miller.

Il en existe bien d'autres, mais ils n'ont rien écrit et sont perdus dans la nuit des temps. Par l’ intermédiaire d'un correspondant Anglais, j'avais retrouvé en Irlande, un élève obscur de Kent, qui m'avait raconté une nuit de Noël, passée chez Kent, alors qu'il était très jeune médecin Homéopathe. Ce récit figure par ailleurs sur le site " Homéopathe International ".

Mais de ces 5 Élèves Anglais, celui qui a démontré le plus manifestement par sa pratique, la technique des remèdes composés est le Docteur Douglas Borland.

En effet, prenez son oeuvre maîtresse, les Children's types, dont vous trouverez la traduction Française dans les Annales Homéopathiques (et qui a été rééditée en 1986 par mon ami, le regretté Docteur Pierre Joly), si vous ne connaissez pas la langue de Shakespeare.

En parlant de remèdes composés pour Borland, je m’exprime mal ; Borland a plutôt objectivé une certaine " acrobatie " mentale, en allant sans cesse de connaissances de MM pratique, au type clinique de l'enfant malade.

C'est en somme la démonstration vivante de la manière artistique que Kent enseignait en privé à ses meilleurs élèves. Borland, étant l'élève direct de Kent, j'ai pensé que Kent devait agir ainsi dans sa pratique privée. Effectivement, lorsque l'on lit ses observations, rapportées par ses élèves dans les New Remedies, il ne faut pas être futé pour se rendre compte combien Kent allait vite, et que jamais, au grand jamais, il n'employait l'interrogatoire interminable et parfois burlesque, dont j'ai donné la traduction intégrale, il y a quelques années, dans mes revues de presse des Cahiers de Biothérapie. Cet interrogatoire figure également dans son intégralité sur mon site Internet.

A ma connaissance, seul Pierre Schmidt employait un tel interrogatoire, précédé ou suivi par un véritable rituel. Donc, pour recentrer notre propos, nous découvrons chez Kent deux trajectoires de travail, l'une exprimée dans sa MMH et ses New remedies, l'autre objectivée par l'un de ses Élèves Britanniques.

Si vous le voulez bien, nous allons faire un saut dans le temps, et nous retrouver vers 1954. Le Kentisme est devenu le dogme de l'Enseignement de la Faculté Homéopathique de Londres (sauf pour Clarke, Burnett, entre autres), la bible en est le répertoire de Kent, ainsi que sa MMH.

De Margaret Tyler, on est passé à Sir John Weir, et de ces deux derniers, à Foubister, qui a formé des élèves qui lui font honneur monde entier.

Parmi ces derniers, un Français, mon Ami, le Docteur Jacques Hui Bon Hoa. Il est non seulement Lauréat des Hôpitaux, mais diplômé de la Faculté d'Homéopathie de Londres. Il s'agit d'une distinction fort enviable lorsque l'on sait le travail de titan qu'exigent les Enseignants Londoniens pour leurs Élèves Anglais et Étrangers. Son Maître est le Dr. Foubister, que l'on a coutume de nommer : Le Père de Carcinosinum.

Le Dr. J. Hui Bon Hoa, publie en France un petit livre de 100 pages, en 1963, qu'il intitule : Précis de technique répertoriale homéopathique de Kent.

Ce sont des lignes de cet ouvrage, que je vais maintenant citer, mot pour mot, puisqu'il représente l’enseignement de Kent, via ses élèves Anglais.

Page 50 :
" Les remèdes composés ne se laissent pas répertorier."

Observation 10
" Un malade qui se présente comme un Sulfur, mais qui est sensible à la musique et au bruit est un Natrum sulfuricum . Donc, dans la pratique, chaque fois que vous êtes en présence d'un malade Sulfur, ce qui est très fréquent, voyez plutôt systématiquement si ce malade ne serait pas plutôt un Natrum sulfuricum. "

Observation 11
" Le répertoire donne Calcarea, mais l'enfant est mince, délicat, et présente de longs cils (Phosphorus). Calcarea phosphorica le guérit rapidement et lui redonne de l'appétit. "

Observation 12
" Le répertoire donne Arsenicum album, mais ce dernier est un malade du type froid. Nous donnons Arsenicum iodatum 30 ch., qui est à la fois sensible au froid et à la chaleur. "

Il en va ainsi pour tous les remèdes composés, comme Calcarea sulfurica, Calcarea silicata, , deux très grands remèdes constitutionnels, Kalium arsenicosum, qui n' est pas aussi rare qu’ on le pense, Natrum arsenicosum, Natrum silicata, etc..

Ainsi, dans les lignes de mon Ami Jacques Hui Bon Hoa, vous retrouvez les deux manières, celle de Kent et celle de Borland. Et j'ajoute ceci, quelque soit le répertoire employé, informatisé ou pas, vous n'aurez jamais les remèdes composés, vous privant ainsi d'une palette thérapeutique extraordinaire, d'un toucher et d'une adaptation clinique inégalable et inégalée.

De nos jours, grâce aux travaux de deux Homéopathes francophones, le " fil d'Ariane "existe, mais curieusement, aucun des deux ne l'a généralisée en pratique systématique.

Ces deux Confrères sont les Docteurs Henri Bernard, qui professa à Bergerac, et le Docteur Georges Hodiamont, qui professa à Bruxelles.

Bien sûr, Henri Duprat et John Clarke, ont effleuré la question dans leurs MM respectives, mais toujours sans se rendre compte qu'ils avaient entre leurs mains " une bombe à retardement ".

Même remarque, en ce qui concerne Roland Zissu et Henri Voisin, Lathoud et Charette ; tous les quatre, ont en leur temps, fournis à la profession des instruments de travail remarquables, originaux, et dignes de figurer sur le bureau de tout Médecin Homéopathe Généraliste, mais toujours mêmes remarques que celles formulées plus haut au sujet de Clarke et Duprat.

Nous voici arrivés, après ce long périple, à la Francophonie, et aux travaux de Georges Hodiamont et d'Henri Bernard. Nous allons les étudier successivement, car c'est à partir de leurs travaux d'une part, et de l'analyse répertoriale fournie par mon répertoire, que je suis arrivé à dégager une démarche thérapeutique pratique et générale en permettant à tout Médecin Homéopathe Généraliste, la prescription d'au moins 300 à 400 remèdes, et cela sans alternance, mais en unicisme successif.

Il est possible d'aller encore plus loin, mais il m'est absolument nécessaire pour le faire de m'instruire davantage sur le plan biochimique et botanistique. Je m'y emploie quotidiennement, tant sur le plan théorique que pratique. (J’écrivais ceci vers 1983, nous sommes en l’an 2000).


IV. Les travaux du docteur Georges Hodiamont.

J'aborde ici un chapitre fort important, car il s'agit d'étudier l’œuvre et les idées de celui que je considère comme un de mes Maîtres, tellement ses travaux m'ont permis d'avancer, sans me perdre dans le maquis, dans la jungle homéopathique.

Là encore, c'est mon Maître, le docteur Robert Dufilho, qui vers 1958, me signala l'existence de ce Médecin Bruxellois, dont il venait de lire et d'étudier les premiers ouvrages. J'ai toujours fait confiance à mon Maître, Robert Dufilho, dont les conseils sans cesse renouvelés et judicieux, m'ont permis de découvrir non seulement l'Homéopathie, mais mon " Homéopathie ".

C'est là le conseil que je donne aux jeunes Collègues, qui me demandent quelques conseils. Suivez tout d'abord ceux qui semblent vous précéder intelligemment, et ensuite, travaillez par vous même et découvrez votre homéopathie.

Le Docteur Hodiamont a découvert paradoxalement l'Homéopathie en France, en 1942, alors qu'il s’y était réfugié. Ce fut un autre chercheur, le Docteur Paul Nogier, connu de nos jours, mondialement pour ses travaux en Homéopathie et en Auriculothérapie, qui lui donna, son premier livre d'Homéopathie : Un Léon Vannier.

A la libération, Hodiamont rencontre Léon Vannier, qui lui donne accès à sa bibliothèque et le fait travailler. Puis, le Docteur Hodiamont rentre dans son pays, où il est reçu comme un chien dans un jeu de quilles (ce sont ses propres mots), par ses Confrères de Bruxelles, " ténors " de l'Homéopathie Belge de l'époque.

Mais, il ne se laisse pas décourager et se met au travail. De 1949 à nos jours, paraissent cinq ouvrages, que je considère comme capitaux dans l'étude de notre discipline.

Ne pas connaître Hodiamont, c'est ne pas connaître l'homéopathie moderne ; c'est demeurer à l'époque des lampes à huile. Ce travail capital n'avait pas échappé au Dr. Pierre Schmidt de Genève, puisqu'il écrivait ce qui suit, veuillez lire très attentivement, je vous prie :

" Cette nouvelle présentation tend à démontrer que les symptômes des remèdes de la MMH, se développent avec une logique toute chimique (souligné par nous), permettant aux plus matérialistes de comprendre le pourquoi et si possible le comment d'un ensemble de symptômes apparemment disparates ou contradictoires...

C'est là un essai d'interprétation basée sur la chimie physiologique considérant chaque remède comme un tout physiologique. C'est l'idée même d’ Hahnemann et de Kent.

Cet ouvrage est précisément placé au seuil d'un tout nouveau domaine. Il rendra certes de précieux services aux esprits chercheurs qui ne se contentent pas des canons officiels, mais oui ont soif d'apprendre et d'augmenter leurs bagages de connaissances. (Dr. P. Schmidt, 1951, in préface, Remèdes végétaux en homéopathie).

Mais, à mon avis, je crois que Pierre Schmidt a oublié de l'enseigner à ses élèves ou s'il l'a fait, il s'est fait mal comprendre, ce qui est fort possible lorsque l'on refuse de se remettre régulièrement en question sur soi-même et sur sa propre connaissance dans notre discipline.

Je crois que le progrès dans n’importe quelle discipline de vie est de pouvoir oublier en quelques minutes, ce qui nous a passionné, pour reconnaître comme vrai un autre abord scientifique.

Rester figé dans vos idées sans les critiquer, sans les faire évoluer, sans ouvrir votre esprit et votre intelligence sur la démarche des autres ; vous devenez alors un esclave, un prisonnier d'un système d'idées ou d'une méthode scientifique. Ce genre de scientifique, il faut le laisser de côté, afin qu'il poursuive en solitaire son radotage.

Tous les ouvrages d' Hodiamont, sont importants, mais les ouvrages dans lesquels l'homéopathe de Bruxelles exprime remarquablement ses idées, sont les suivants : Homéopathie et Physiologie, Nouvelles études d’Homéopathie.

Ne pensez surtout pas que ces idées soient nouvelles ; le mérite d’ Hodiamont est d'en faire une synthèse très fouillée et de l’actualiser à la hauteur de nos connaissances biochimiques du moment. Mais dans ce domaine des pionniers ont existés.

Outre Hahnemann et Kent, dont j'ai évoqué les travaux plus hauts, il convient de citer dans le monde, les travaux de :
En France : le Docteur Mouezy-Eon (1932 à 1939).
En Angleterre : les Docteurs Burt, Black, Dudgeon, Drysdale, Haynard,
En Amérique : le Docteur Hempel et le club de recherches de Baltimore,
En Allemagne : le Docteur Hugo Schuls et surtout le Docteur Leeser (1933).

Tous ces Confrères ont tenté une approche de notre MM, sur le triple plan Chimique, Physiologique,  Toxicologique.

Je ne vais nullement citer mot pour mot, des chapitres et des remèdes, extraits des MMH d'Hodiamont car cela serait fastidieux.

Je vous invite à vous y reporter et à lire clairement, ce que Hahnemann et Kent ont ressentis et exprimés confusément.

Mais les travaux d' Hodiamont ne sont qu'une invite à aller plus loin dans cette manière d'appréhender la MMH. Un autre homéopathe francophone, le docteur Henri Bernard qui exerça à Bergerac, va nous permettre, par ses travaux remarquables, d'aller encore plus loin dans la connaissance du malade et de notre MMH.


V. Les Travaux Du Docteur Henri Bernard

Le Docteur Henri Bernard est notre contemporain. Il créa avec Denis Demarque vers les années 1949, la Société Homéopathique d'Aquitaine. Son décès est relativement récent, environ une dizaine d'années. Il publia de nombreux articles et 4 ouvrages clés. L'essentiel de son oeuvre se trouve dans son Traité de MMH.

Ce qui suit est le " digest " de son travail, à partir duquel, il est possible d'étendre notre palette thérapeutique, sans interrogatoire supplémentaire, ni analyse répertoriale additive. Cet homme a été mal compris ; nombreux sont ceux d'entre nous, qui n’ont pas réalisé la portée immense de son oeuvre en Homéopathie. Henri Bernard est le fondateur des Constitutions Biochimiques.

Ce qu'il a décrit n'a pas pour fondement une Doctrine ésotérique, ni alchimique mais repose sur des constatations cliniques et biochimiques. La preuve en est la suivante ; en partant de Kent, en passant par Hodiamont et Bernard, les idées restent encore fructueuses, c'est à dire qu'il est possible d'aller beaucoup plus loin que Bernard et d'arriver par la biochimie, non pas à des types constitutionnels Universels mais individuels. C'est là l'idée très importante et tout à fait novatrice, qui sous-tend les lignes qui vont suivre.

Je n'ai fait que prolonger la longue trajectoire ébauchée par Kent et ses élèves, développée par Hodiamont, précisée par Bernard et cela à partir des résultats objectivés par l'analyse répertoriale, supportée par ma MM comparative. Je n'ai nullement la prétention d'être complet mais je me suis efforcé de l'être.

Certains d'entre nous ont plus ou moins effleuré le sujet, mais personne, à ma connaissance n'en a fourni un panorama général et surtout applicable immédiatement et dans notre pratique de tous les jours. Dans tout ce que j'ai fait, j'ai toujours " ciblé ", mes Confrères, Médecins Homéopathes Généralistes, comme je le suis moi-même.

Un individu en bonne santé est un être humain en équilibre biologique, clinique, mais surtout biochimique. Cet individu présente une constitution morphologique objective, visible et descriptive.

La maladie greffe sur cette constitution morphologique des symptômes morbides, et cela s'objective, bien évidemment par un groupe morbide pathogénésique.

A ce groupe morbide pathogénésique correspond une série thérapeutique bien définie par l'analyse répertoriale, reposant sur la Doctrine des Concomitants de Boenninghausen, effectuée à l'aide de mon logiciel répertorial ; Bernard, quant à lui, décrit une série de remèdes successifs pour trois Constitutions de base.

Ces trois Constitutions sont, pour mémoire et pour Henri Bernard,
La Constitution Carbonique, Phosphorique et Sulfurique.

Nebel et Vannier y ont ajouté la Fluorique. Ce n'est qu'une question de commodité clinique et descriptive. A signaler que pour Henri Bernard, la Grande constitution de base est la Sulfurique, rejoignant en cela tous nos Grands Cliniciens Homéopathes, depuis Hahnemann, en passant par Nash, pour qui Sulfur est le roi de notre mm.

Toutes les analyses répertoriales bien faites, " tirent" toujours Sulfur dans les 5 premiers remèdes. Cela n'est pas une raison pour le prescrire. Mais, il faut savoir qu'en pratique, la guérison d’une maladie chronique passe toujours par Sulfur.

Henri Bernard a remarqué que la constitution de base, ce qui est immuable, est fourni par l'acide carbonique pour la Carbonique, l'acide phosphorique pour la Phosphorique, et l'acide sulfurique pour la Sulfurique. Mais il faut savoir, qu'un anion

Carbonique (CO 3H) -

Sulfurique (SO 4) -

Phosphorique (PO 4) -

permettent de mieux fixer les idées.

Lorsqu'un élément acide, un radical acide, se combine avec un radical basique, il donne un sel. Tous les sels différents d' un même radical acide sont des stades pathologiques d’ aggravation ou d'amelioration suivant que l'on descende ou que l'on monte " l'escalier biochimique " d’ Henri Bernard.

Henri Bernard décrit 6 marches à son " escalier biochimique ". Ce sont :
Stade Calcique ou (CA) +
Stade Magnésien ou (MG) +
Stade Potassique ou (K) +
Stade Sodique ou (NA) +
Stade Barytique ou (BA) +
Stade Ammoniacal ou (NH 4) +

Le stade calcique étant le premier stade de la maladie, l'ammoniacal étant le terminal.

Prenons par exemple la constitution carbonique. En pleine santé, ce malade dont la Constitution de base repose sur l'élément acide ne signale rien. Dès qu'il devient malade, en combinant l'élément acide avec l'élément basique, on voit apparaître les tableaux cliniques successifs d'aggravation suivants :

Calcarea carbonica (CO 3H) ® (CA)+. Stade calcique.
Magnesia carbonica (CO 3H) ® (MG)+. Stade magnésien.
Kalium carbonicum (CO 3H) ® (K )+. Stade potassique.
Natrum carbonicum (CO 3H) ® (NA)+. Stade sodique.
Baryta carbonica (CO 3H) ® (BA)+. Stade barytique.
Ammonium carbonicum (CO 3H) ® (NH 4)+). Stade amoniacal.

En descendant l'échelle, ce sont des stades cliniques d'aggravation, et en la montant, ce sont des stades cliniques d'amélioration. En suivant le même raisonnement, il vient pour les constitutions sulfuriques et phosphoriques.

Calcarea Sulfurica
Magnesia Sulfurica
Kalium Sulfuricum
Natrum Sulfuricum
Baryta Sulfurica
Ammonium Sulfuricum

Et pour la Constitution phosphorique,
Calcarea Phosphorica
Magnesia Phosphorica
Kalium Phosphoricum
Natrum Phosphoricum
Baryta Phosphorica
Ammonium Phosphoricum

Mais l'on peut, rien ne nous empêche de le faire, poursuivre le même raisonnement en ce qui concerne la Constitution Fluorique, décrite par Nebel et L. Vannier, il vient :

Calcarea Fluorica
Magnesia Fluorica
Kalium Fluoricum
Natrum Fluoricum
Baryta Fluorica
Ammonium Fluoricum

Avant d'aller plus loin dans l'exploitation de ces idées d'Henri Bernard, décrivons le Syndrome clinique correspondant à chacun de ces stades biochimiques.


Les six stades biochimiques sous l’angle clinique

Chacun des stades biochimiques que nous venons de décrire, objective un syndrome clinique général, en fonction de l'aspect du malade, et de son type de maladie.

Ce tableau, vient donc sous la plume du praticien, concomitamment à la prise de son observation en vue de l'analyse répertoriale. C'est en somme, un mot-clé supplémentaire, un génie du remède supplémentaire, qu'il ajoute à son arsenal diagnostique.

Cela pourrait se nommer le Génie Biochimique du malade.

Il est tout à fait possible, lorsque l'on a terminé la quête des mots-clés, d'ajouter sur un coin de son observation, Stade Mg, ou Stade Natrum ; mais le problème qui se pose est le suivant ; quels sont les critères cliniques, pathologiques, objectifs, permettant de poser très rapidement un tel diagnostic ?

A ce problème, vient s'ajouter une question importante ; à quoi cela sert-il ? Outre la possibilité de prescription de sels différents d'un même acide, vient s'ajouter un concept de pronostic.

En effet, un malade qui remontera " l’échelle " de Bernard, passant du stade sodique au stade magnésien, cela signifiera qu'il s'achemine vers la guérison. La constatation inverse signera l'aggravation de son état. Ainsi, aux fameuses lois d'Hering d'aggravation et d'amélioration, en fonction de l'ascension ou de la descente des symptômes, viendra s'ajouter un autre critère pronostique chimique, celui d'Henri Bernard.

Calcarea
Magnesia
Kalium
Natrum
Baryta
Ammonium


Étude du stade calcique.

Ce stade se rencontre chez les enfants et les adultes en bonne santé. Il s'agit d’un stade d'équilibre, de bonne santé. Toutes les maladies commencent à ce stade et finissent par lui. Le métabolisme du Calcium, son tropisme électif, se manifeste surtout, au niveau des os, et donc de la croissance, des glandes endocrines (parathyroïdes, thyroïde, ovaires). Il maintient de plus, en action correcte, les systèmes Sympathique et Parasympathique. Il permet l'excitabilité du muscle volontaire et involontaire. Son action est considérable sur le sang et sa coagulation. Son dysmétabolisme va donc s'objectiver par des troubles :

Musculaires, Cardiaques, Circulatoires, Hémorragiques, Croissance, Rachitisme, Ostéomalacie, Scoliose, Tissu lymphoïde et ganglions.

Toutes les maladies débutent par ce stade et finissent par lui, mais il faut préciser : maladies chroniques.


Étude du stade Magnésien

Dans ce stade, nous voyons apparaître une augmentation de la sensibilité nerveuse, au niveau du cortex, des cellules cérébelleuses, médullaires, nucléaires, ganglionnaires.

Il en résulte sur le plan clinique : des réflexes exagérés, avec contractions, spasmes, hyperesthésie, hypertonie.

Sur le plan mental, ce sont des symptômes de colère, d'agitation avec cris, d'excitation. Ce syndrome magnésien se rencontre surtout chez l’adolescent, l’enfant et l’adulte jeune.

Il s’agit d’un stade dont la caractéristique essentielle est la fugacité ; on n'y reste pas ; il s’agit d'un stade de transition entre le stade Calcique (amélioration) et Potassique (aggravation).

Donc :  CA <--- MG ---- > KALI

Ce sont des patients aggravés par le froid et améliorés par la chaleur et l'air. Les phénomènes pathologiques sont d'apparition brutale et rapide. Bien qu'existant chez le vieillard, on le trouve davantage chez l'enfant.

Le Magnésium se trouve en grande quantité dans les hématies, les muscles, le cerveau, les nerfs, les glandes endocrines, les os et les dents. Sa carence occasionne des douleurs névralgiques. Il est retrouvé en quantité appréciable dans le thymus, les testicules, les ovaires et surtout la Thyroïde. Il active les diastases gastriques et intestinales, d'où son action dans les grandes fonctions de nutrition et d'assimilation.

Tropisme électif, de ce fait, pour l’estomac, les intestins, le foie et le pancréas. Il élève la chronaxie du muscle. Sa carence va donc diminuer la chronaxie musculaire et occasionner des contractures et des spasmes. De par sa présence dus les gonades, son absence pathologique va déclencher de la stérilité tant chez l’homme que chez la femme. Enfin sur le système nerveux central, son action est, on ne peut plus importante (dépression, cyclothymie, idées noires, mélancolie).


Étude du stade potassique (Kali)

Ce stade montre un déséquilibre plus net de la Dynamis. Mais il se caractérise par des phases égales, d' amélioration et d’aggravation.

C'est un stade d'oscillations, tant sur le plan mental que physique. Les réactions sont toutefois plus lentes qu'au stade Magnésien. Le psychisme oscille entre la gaieté et la déprime, la colère et la tristesse. On retrouve les Kali dans les états neurasthéniques, cyclothymiques. Ce sont des remèdes de surmenage, d'excès. Le potassium se trouve en abondance dans les végétaux.

Dans notre organisme, on le trouve dans le système nerveux central, la moelle et le bulbe, les nerfs périphériques, le parasympathique et le cœur. Sa carence engendre une hypotension et une bradycardie. Il inhibe la contraction des muscles lisses, augmente la diurèse. Sa carence occasionne des troubles dans le métabolisme de l'eau, et à ce stade, peuvent débuter les états hydrogénoïdes.

On note de l'anémie, des hémorragies nasales et génitales, une hypotonie et une hypoexcitabilité musculaire (muscles moteurs ; muscles des viscères : estomac, intestins, vessie, utérus).

L'état dépressif s'accompagne de troubles de la respiration, de la circulation, de l'anémie ainsi que de douleurs rhumatismales.

L' hydrogénoïdisme s'objective par une sensibilité au froid humide, une amélioration par le mouvement, une diurèse augmentée. Le patient brûle mal ses déchets, et de ce fait les élimine sous forme d'urates.

Enfin, compte tenu des troubles du métabolisme de l'eau, les muqueuses du patient deviennent sèches d'une façon intermittente.


Étude du stade sodique (Natrum)

A ce stade, la Force Vitale, ou Dynamis, est littéralement épuisée ; les réactions du patient sont extrêmement faibles et labiles. Il s'agit d'un stade d'abandon, de laisser-aller, de " feu de paille ", comme l'écrit Henri Bernard.

On le trouve dans les états chroniques, anciens, au cours desquels, le processus pathologique s'est peu à peu aggravé, mais en se dégradant progressivement et inexorablement. Les patients ont été traités par toutes sortes de thérapeutiques tant allopathiques qu'homéopathiques.

Il existe une pathologie iatrogène homéopathique, compte-tenu des prescriptions immodérées et fantaisistes de médecins soi disant homéopathes (comme les nommait Hahnemann), mais dont la culture dans notre discipline, est, on ne peut plus insuffisante,

L' Enseignement Homéopathique Français, est trop simple, trop stéréotypé ; la barre est beaucoup trop basse ; la plupart de nos Jeunes médecins Homéopathes font du psittacisme homéopathique.

Il leur manque une culture technico-stratégique homéopathique, qui seule, permet une pratique raisonnée, intelligente et efficace de notre discipline. Bien sûr, la connaissance de la MM est plus que nécessaire, encore faut-il leur apprendre à discerner le " verbiage " de MM, de la connaissance profonde de cette dernière.

Ce n'est pas la MM qu'il faut apprendre, c'est le Génie de la MM, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

Le Sodium (NA), présente une affinité élective pour la peau. L'ion NA entre pour une grande part dans la régulation du métabolisme de l'eau dans notre organisme. Le dysmétabolisme de l'eau peut conduire, soit vers une perte excessive ; ce qui donne naissance à une sécheresse exagérée (déshydratation) ; Henri Bernard en a fait une constitution qu'il dénomme Muriatique.

Dans le cas contraire, les perturbations du métabolisme du " NA", occasionnent une rétention d'eau, ce qui objective pour Henri Bernard, la réticulo-endothéliose chronique ou Sycose.

Le Sodium joue un très grand rôle dans notre organisme, dans les mécanismes subtils des oxydations et de l'équilibre acido-basique du sang. Grauvogl a très bien vu le problème cliniquement. Quoiqu’on en dise, malgré son ancienneté, sa classification est entièrement satisfaisante, car elle correspond bien, à ce que nous, Médecins Homéopathes Généralistes, rencontrons tous les jours, dans notre consultation. Tout ce qui est Clinique, objectif, réel, doit nous intéresser à nous, Médecins Cliniciens.

Or, il est bien évident que l’ Oxygénoïde de Grauvogl, nous le rencontrons souvent sous l'aspect de Natrum Muriaticum, ou de Natrum Iodatum, ou de Natrum arsenicosum. Le processus inverse est également vrai ; Natrum Sulfuricum, Natrum Carbonicum, Natrum Sulfuratum, Natrum Aceticum, sont eux des Hydrogénoïdes.

Les trois types cliniques de Grauvogl, correspondant à des types objectifs simples, évidents et réels, ne sont nullement à rejeter compte tenu de leur facilité de classement, tant sur le plan thérapeutique que didactique. Ils permettent une distinction rapide et pratique, un " premier jet ", en somme ; le " peaufinage " se faisant ensuite par l'écoute, l'observation, et surtout la mise en confiance du patient.

En osant un jeu de mots un peu gros, je prétends que c'est le Médecin qui doit être patient et non le patient ; tout au moins, dans notre discipline scientifique, qui allie la Médecine du troisième millénaire, à celle du goût, du tact, et du sens clinique Français.

Le Sodium est donc impliqué dans le métabolisme de l'eau, mais également dans le processus de minéralisation de nos tissus. Le même processus évoqué plus haut, pour H 2 0, s'applique également aux minéraux ; le dysmétabolisme minéral conduit au stade Sodique d'Henri Bernard, soit vers la déminéralisation, soit vers la surminéralisation.

Tous ces processus dysmétaboliques objectivent bien l'importance que nous devons attacher au stade Sodium d'Henri Bernard, lorsque nous portons un diagnostic et un pronostic non seulement homéopathique, mais également clinique.


Étude du stade barytique (BA)

Le Stade barytique d'Henri Bernard objective une évolution de notre organisme et de ses composants vers l'induration, l'épaississement, la sclérose.

Les artères, les tissus, les vaisseaux, les organes se sclérosent et voient de ce fait, leur capacité fonctionnelle s'atrophier considérablement. La souplesse, la réponse immédiate de notre ensemble organique est pratiquement absente.

Inadaptation non seulement fonctionnelle, mais hormonale, sanguine, métabolique, nerveuse. Il est possible d'imaginer ce que peut engendrer dans un corps, par exemple, la sclérose des artères rénales, ou encéphaliques.

Le Baryum sclérose parce qu'il exerce une action déshydratante sur nos tissus et organes. Autrement dit, sur le plan clinique profond, il s'agit d'un stade oxygénoïde aggravé.

La déshydratation mène à la sclérose, au ralentissement des échanges nutritifs. Tout est ralenti, inadapté, d'où ce ralentissement de la croissance chez l'enfant, tant sur le plan physique que mental ; il en est de même, chez le vieillard, en ce qui concerne le psychisme, et le système cardio-rénal.

Le stade barytique d'Henri Bernard, chez l'enfant et l'adulte jeune, est toujours mono symptomatique, localisé, et de ce fait réversible.

Un enfant au stade barytique, sous l'effet de ses similimums successifs, va très vite (un à trois ans), remonter " l’escalier biochimique " d'Henri Bernard : stade sodique, potassique, magnésien, calcique, puis déboucher sur son similimum final, qui permettra de clore la série thérapeutique stratégique.

C'est au moment des 2 au 3 premières consultations, que le Médecin Homéopathe doit établir son plan, prévoyant les barrages, les échecs possibles. Tout cela est réalisable, compte tenu des données techniques et pratiques que les travaux plus haut cités nous fournissent.


Étude du Stade Ammoniacal (Ammonium)

Les Sels d'Azote (NH 4) + signent la grande déchéance physique et mentale. La Force Vitale est inexistante ou presque. Tout est ralenti, rien ne répond, rien ne s'adapte rapidement.

Nous sommes à la dernière marche de " l'escalier biochimique " de Bernard. Le Stade Ammoniacal se retrouve dans les états graves, souvent désespérés, au cours desquels le sang est intoxiqué.

L'examen du patient objective des troubles graves de la circulation, des appareils respiratoire et cardio-vasculaire.

Le taux d'urée sanguin augmente et dépasse le seuil acceptable, en même temps que des troubles hémorragiques se manifestent. La peau, les muqueuses, la nutrition en général, objectivent la tendance globale au ralentissement et à l'anoxémie.

Tels sont les six stades biochimiques d'Henri Bernard. Avant de passer en revue toutes les applications pratiques de la biochimie Homéopathique, il faut bien préciser qu'il n'est nullement nécessaire pour un patient de parcourir ces stades un à un ; en effet, une maladie très grave peut faire basculer en quelques semaines, un adulte du stade Kali au stade Ammoniacal ; sous l'effet d'une thérapeutique efficace, la réciproque est vraie.

Ce qui varie, dans l'échelle de Bernard, ce sont les cations CA, MG, K, NA, BA, NH 4.

Par contre, ce qui est constant, c'est l'élément acide, c'est à dire, l'acide carbonique, l’acide phosphorique et l’acide sulfurique, objectivant ainsi les trois constitutions de base de Bernard.


VI. Esquisse d’une homéo-stratégie individuelle. Applications pratiques

A . But : La série thérapeutique individuelle

A la notion ancienne de similimum unique, qui est dépassée, car la pratique de tous les jours le montre nettement ; il fut substituer une Série thérapeutique individuelle, uniciste mais successive.

Comme nous le constatons tous, le patient pour quérir, ou pour mourir, passe par des remèdes d’améliorations et/ou d’aggravation ; ces remèdes sont des étapes que le Médecin Généraliste Homéopathe, correctement enseigné, sait reconnaître au passage par l'interprétation correcte de l'état de son malade.

Ces remèdes sont liés entre eux, ce sont des liens de synergie, d'asynergie et d'incompatibilité. Henri Voisin a poussé très loin l'étude des familles de remèdes homéopathiques, mais il a été incompris.

Son heure est présentement venue. Comme je le montre dans le chapitre consacré au remède homéopathique, les listes que nous utilisons quotidiennement sont erronées ou incomplètes, d'où la refonte complète des synergiques et des asynergiques, avec trois valorisations.

L'utilisation rationnelle de ces données techniques, permet de savoir et de comprendre, ce que l'on fait, et surtout où l'on va. C'est l'un des avantages principaux de l'Unicisme ; agir autrement, cela équivaut à conduire sans phare, en pleine nuit ! est-ce souhaitable ?

Les améliorations et les aggravations de votre patient sont " couvertes " suivant les besoins cliniques, par l'utilisation harmonieuse d'un synergique, ou d'un asynergique, étapes successives, dans le temps, permettant en deux ou trois ans, la guérison de la maladie chronique, et de son porteur, le malade.

De plus, la connaissance des " barrages ", au processus curatif d'une part, l'utilisation de remèdes, stimulant la réactivité du patient d'autre part, permettent, de relancer littéralement le processus curatif, de proche en proche, et ce, jusqu'à la guérison.

Ceci montre l'importance de l'étude de la stratégie et de la technique homéopathique. Cette stratégie est à l'homéopathie, ce que la sémiologie est à la Clinique, ce qui n'est pas peu dire.

Un Homéopathe, ne percevant qu'une centaine de remèdes, mais possédant à fond la technique et la stratégie homéopathique, est un praticien extrêmement efficace.


Comment saisir ces étapes ?

Nous ne reviendrons pas sur la description de la prise de l'observation en homéopathie, cela a été réalisé dans un autre chapitre. Il suffit de rappeler que le praticien écoute, observe, fait préciser à son patient ; il note non pas les symptômes, mais le " génie " du malade et de sa maladie, afin d'aboutir au génie du remède.

Il utilise en plus l'examen clinique et l'observation typologique. Sur ce dernier terme, il convient de bien s'entendre. La typologie n'est qu'une méthode pratique d'observation destinée à faciliter le travail du Médecin praticien ; elle n'est pas une vérité en elle-même. Si tel était le cas, nous n'aurions pas à notre disposition ces descriptions typologiques innombrables, variant dans le temps. Il y a 20 ans, nous utilisions le système Nebel - Vannier

Quand reste t-il ? Sans rire, vous sentez-vous le courage, dans un congrès international, de classer vos malades en Martien, en Apollon, en Mercure, etc ...

Cette époque est révolue. Tout au plus, peut-on utiliser les séries toxiniques qui sont le fait d'Antoine Nebel plus que de Léon Vannier.

D'ailleurs, Antoine Nebel, ce génie méconnu, a rattaché ses séries toxiniques aux trois constitutions de Grauvogl. Personnellement, ce sont celles que j’utilise en première approche, parce quelles sont simples, dénuées de toute teinture ésotérique, occulte, irrationnelle, et qu'elles cadrent bien avec la réalité clinique.

Beaucoup plus fines et beaucoup plus actuelles, sont les constitutions d’ Henri Bernard, car elles ont pour sous-bassement, la biochimie, l'embryologie, l'épidémiologie. Elles sont plus difficiles à appréhender, que celles de Grauvogl, mais une fois comprise, la pensée d'Henri Bernard, ses trois constitutions sont très utiles pour la pratique de tous les jours.

Encore une fois, je répète que cette utilisation n’est qu’un moyen d’être plus rapide et efficace. Ce n’est qu’un outil de travail.

Si demain, un autre confrère proposait un système de classement, plus fructueux, rapide, facile, précis, rationnel, que ceux indiqués par nos aînés, Grauvogl et Henri Bernard, nous l'utiliserions volontiers.

Relisez Kent dans sa MMH et dans ses New Remedies, et constatez combien, sans cesse, il revient à Schluesser et a ses sels biochimiques, pour essayer de structurer son homéopathie. Plusieurs fois, au début de l'étude d'un remède, Kent débute, en se référenciant à Schluesser ou à Dewey.

En son temps également, Dewey avait tenté une classification botanistique, et Kent, prisonnier de ses Conférences de philosophie homéopathiques ainsi que de ses Aphorismes, revient plusieurs fois, dans ses New Remedies, sur cette approche intéressante.

Nous ne nous rendons nullement compte, actuellement, de l'importance attachée par les Homéopathes Américains du XIX ème siècle, à la théorie de Schluesser. De nos jours, les Indiens le découvrent et l'utilisent dans des thérapeutiques anti-cancéreuses. J'en ai publié les résultats dans ma XXXVII eme revue de presse des Cahiers de Biothérapie. Seul parmi les Homéopathes Anglo-saxons, John Henry Clarke a réussi, à se maintenir à distance du courant ésotérique du XIX ème siècle, qui a littéralement balayé l’homéopathie aux USA, alors qu’elle était si fructueuse et riche de promesses d'avenir.

Il existe une centaine d'Homéopathes de nos jours, aux USA, qui s'accrochent encore à cet obscurantisme du siècle passé ; leur moyenne d'âge élevée. Il en existe une autre qui est en train de naître, solide, scientifique, tournée vers le 3 eme millénaire, nous en reparlerons dans quelques années, quand sur le sol qui vit pratiquer Hering, Knerr, Nash, Lippe, Boger, les Allen, la science homéopathique renaîtra.

Mais toutes ces notions typologiques, les résultats de l'analyse répertoriale, avec polychrestes et sans polychrestes, ne nous permettent d'utiliser qu'une centaine de remèdes unitaires, ce qui est très peu, compte tenu de l'immensité de notre pharmacopée homéopathique.

Il faut aller plus loin, et trouver un moyen pratique, permettant, à partir des données simples des mots-clés (type Boger) d'étendre notre palette thérapeutique à 300/400 remèdes unitaires.

Cela est tout à fait possible pour les homéopathes de bonne volonté, désirant progresser et se remettre en question.


B. Extension de la palette thérapeutique

Après ce très long exposé théorique, voici que nous arrivons enfin à la réalisation pratique, à la matérialisation de tous ces concepts, qui coulent jusqu'à nous depuis l'idée géniale d'Hahnemann et de son Organon de la médecine rationnelle en 1810 (je vous prie de noter au passage, le titre exact de l'ouvrage princeps d'Hahnemann, que très peu connaissent dans son intégralité). Ce titre est celui de la 1 ère édition de l'Organon.

1. L’escalier biochimique du Dr Henri Bernard

Il est aisé de l'utiliser, une fois, en tête, les différents syndromes cliniques, accompagnant le stade, ou les stades biochimiques.

Lors de la prise des mots-clés, concernant le patient, il suffit de noter à la fin de son observation : Stade Na, ou, stade Baryta.

Ainsi, lorsque le répertoire nous propose un simile minéral, nous avons en réalité à notre disposition six possibilités évolutives immédiates.

Par exemple, un malade Sulfur, mais au stade sodique de Bernard, nous amènera à lui prescrire, non pas Sulf., mais Natrum Sulf.

Mais avant de le faire, il faudra consulter votre MMH, pour contrôler le cadrage pathogénésique entre votre patient et le remède supposé lui convenir.

Les 2 MMH les plus indiquées par le nombre impressionnant de remèdes étudiés tant sur plan Hahnemannien que toxico-clinique, sont le Boericke et le J.H. Clarke. En Français, ce sont surtout Duprat et Voisin.

Bernard a exposé dans son Traité de MM, les débouchés de son " escalier biochimique ", uniquement pour les trois constitutions qu'il décrit : Les Sulfuriques, les Carboniques, et les Phosphoriques ; il y ajoute les Sulfur maigres, qu'il dénomme Muriatiques (dérivés de Nat-Mur.).

L'astuce consiste a étendre cette technique à tout le règne minéral de notre MMH. Voici la façon dont on procède.

Par exemple, le répertoire nous propose Nitricum Acidum. Mais l'observation clinique et évolutive de ce patient nous montre qu'il se trouve au stade potassique de Bernard.

Son remède n'est donc pas Nit-ac., mais Kalium Nitricum, Si ce malade s'aggrave, il va descendre l'escalier de Bernard, c'est à dire : Natrum nitricum, Baryta nitrica, Ammonium nitricum ; et s'il s'améliore, il va monter le dit " escalier " : Magnesia nitrica, Calcarea nitrica.

Bien évidemment, je le répète, il convient de vérifier si le remède proposé, concorde avec le tableau de votre malade, en consultant les MMH que vous possédez, Boericke, Clarke, et les New Remedies de Kent. De plus, il est nécessaire de vérifier, si le remède que l'on se propose de prescrire, existe dans la nomenclature homéopathique française.

Pour cela, les Laboratoires Français mettent à notre disposition d'excellentes nomenclatures, mais de qualité très inégale. Il faut donc toutes les posséder afin de les compulser ; au besoin même, ajouter près de sa prescription le nom du Laboratoire, qui fabrique le remède, de manière à éviter les sempiternels : " cela n'existe pas en pharmacie Française ".

Vous trouverez sur mon site Internet hébergé gratuitement par http://homeoint.org cette nomenclature française, mais de plus un inédit, c’est à dire le lexique Français Latin des remèdes homéopathiques. Très souvent, on a en tête un nom de plante en français, mais on ne connaît pas son correspondant latin dans notre MMH. Ce lexique est destiné à combler ce vide.

Gare également aux synonymes homéopathiques qu'il est très important de connaître ; cela doit faire partie de l’enseignement d'un Homéopathe complet ; j'ai rencontré des confrères qui ignoraient que :

Cimicifuga = Actea Racemosa,
Colubrina = Nux vomica,
Metallum album = Arsenicum album,
Iamara = Ignatia,
Witch Hazel = Hamamelis,
Sabina = Juniperus,
Cepa = Allium cepa,
Flavum = Sulfur,
Mercurius = Hydrargyrum, etc, etc..

Il faut, pour être tout à fait à l'aise dans notre Nomenclature, mais également dans les MMH étrangères, relever tous les Acidum, et leurs combinaisons chimiques avec les cathions :

CA +, MG +, K +, NA +, BA +, NH 4 +.

J'ai décompté environ 15 Acides à retenir dans nos nomenclatures, se combinant avec 4 à 6 cathions ; ce qui nous permet de faire passer notre palette thérapeutique de 15 remèdes à 60 / 90 remèdes. Et cela, uniquement en partant des Acides.

La même opération est réalisable avec les corps simples. Dans notre nomenclature, 8 métalloïdes (ou non-métaux), et 23 métaux sont utilisables, soit une trentaine en arrondissant.

Ces Corps simples se combinant avec 4 à 6 cathions, nous offrent 120 à 180 possibilités prescriptives nouvelles.

En les ajoutant aux Acides, nous passons à partir de 45 remèdes à 180/270 remèdes. Veuillez m'excuser de vous donner tous ces chiffres ; ils peuvent a priori vous paraître rébarbatifs, mais c'est pourtant une réalité pratique ; avec 45 remèdes issus de l'analyse répertoriale, il est possible d'en prescrire environ 200, en tenant compte des idées de Bernard, et bien sur en vérifiant toujours dans nos MMH que le remède que l'on désire prescrire convient bien au patient.

Cette démarche nous évite simplement d'avoir en " tête ", la MMH de 200 remèdes. La seule limite à cette idée est la pharmacopée française, d'où l'utilité, la nécessité d'avoir sur son bureau les nomenclatures de nos laboratoires. J'ai coutume de dire que la 2 ème MMH utile est la nomenclature pharmaceutique.

Henri Bernard, dans sa MMH, étudie nos remèdes de la manière suivante :

20 grands remèdes constitutionnels, auxquels il ajoute,

60 grands remèdes complémentaires aux 20 remèdes constitutionnels,

200 remèdes secondaires ou petits remèdes de drainage, ce qui porte sa MMH autour de 280 remèdes.

Vous n'aurez jamais au répertoire, les remèdes composés.

Il convient de les recomposer vous-même avec la méthode de Bernard, ou en partant de celle d' Hodiamont dont l'exposé va suivre.

Vous n'aurez jamais au répertoire ce que l'on appelle à tort les petits remèdes ; il n'y a pas de petits remèdes dans notre discipline, mais des remèdes mal connus, mal expérimentés, mal exploités ; ces remèdes mal connus, vous les apprendrez dans le Boericke.

Cet ouvrage est une véritable source de MMH, car il est construit sans aucun a priori ; vous y trouverez des remèdes hahnemanniens, mais aussi des remèdes à pathogénésie uniquement toxicologique, ou même clinique, tel que le voulait Hering.

Le Boericke a été traduit en français par le Docteur Guéniot ; vous le trouverez aux Éditions Similia. Il s’agit de la traduction de la 9 ème édition mais il manque le répertoire.

Notre discipline est jeune, elle aura 200 ans en 2010 ; il est donc nécessaire de continuer de chercher, d'expérimenter, de discuter, de " faire table rase " et de recommencer ; dans le cas contraire, comment ferions-nous pour la faire progresser.


2. La technique chimio-physiologique de Georges Hodiamont

a) Dans un premier temps, nous allons compléter l'exposé théorique sur la méthode d'étude utilisée par Hodiamont dans ses ouvrages, et plus particulièrement dans ses Nouvelles Études d' Homéopathie ainsi que dans Homéopathie et Physiologie.

Prenons le cas de Sulfur, dans Homéopathie et Physiologie, afin de fixer les idées. Hodiamont, comme Henri Bernard, décrit deux types de Sulfur, le gras et le maigre, un Oxygenoïde et un Carbo-nitrogène, mais cela à partir du système des combustions chimiques de notre corps. Il décrit tout le métabolisme du S., dans notre milieu intérieur, et uniquement à partir de cette description chimio-physiologique, décrit toute la symptomatologie, toute la pathogénésie de Sulfur.

Dans ses autres ouvrages de MMH., Hodiamont utilise pour chaque remède, des connaissances pures de Chimie, de Physiologie, de Physiopathologie, de Botanique et de Toxicologie.

Ainsi, il suit la démarche logique qui sous tend toute l' homéopathie depuis Hahnemann :

Chimie et Toxicologie, pour Hahnemann,
Botanique et Toxicologie, pour Boenninghausen,
Physiologie et Chimie, pour Bernard et Hodiamont.

Toute l'homéopathie a pour véritable fondement ces disciplines.

D'ailleurs de nos jours, les travaux de Cier, Netien, Poitevin, Bacques, ne font que confirmer cette assertion qui avait été pressentie, dès le début par Hahnemann et ses Élèves.


A partir de ces constations historiques, on se rend compte que l'on peut aborder la prescription du remède homéopathique par plusieurs grandes " avenues " ; bien sûr, celles que nous connaissons, la clinique, les symptômes, et avec l’ Homéotique : Les Mots-clés.

Mais, il est tout à possible de prescrire à partir d'un tableau physiologique, ou chimio-pathologique.

L' Histoire des Sciences et de la Futurologie nous montrent que l'évolution de la Médecine va être de plus en plus sous-tendue par la Chimie, La Physiologie, La Micro-Biologie et L’ Informatique ; et nous, Médecins Homéopathes, nous nous devons de suivre cette évolution.

C'est là, tout à fait la pensée de Samuel Hahnemann, qui n'a cessé, durant toute sa vie, d'adapter l'Homéopathie aux Sciences Modernes de son temps. Au temps où il vivait, ce fut l'ère du Français Lavoisier, et Hahnemann, jeune médecin ne cessa d'admirer le Français Lavoisier qui fit courir toute l'Europe Scientifique.

Historiquement, Hahnemann ne cessa jamais de faire cadrer l'Homéopathie avec la Chimie de son temps ; Hahnemann fût un Chimiste et un Hygiéniste, avant d'être un Médecin ; pour vous en convaincre, lisez les premières éditions de l' Organon de la Médecine Rationnelle, ainsi que la bibliographie de tous les ouvrages de Chimie et d' Hygiène, qu'il publia avant 1810.

Les termes souvent employés par Hahnemann de force vitale et de miasmes, avaient en son temps un sens complètement différents de celui que nous lui attribuons de nos jours.

Les explications détaillées se trouvent dans la correspondance très riche qu'Hahnemann nous laissa. Ainsi le terme Force Vitale, était un terme de chimie analytique qui prétendait que toutes les synthèses chimiques à l'intérieur du corps humain, se réalisaient grâce à une " force vitale ", jusqu'au moment où le Français Marcellin Berthelot démontra le contraire. Le mot Miasme était un mot inventé par Hahnemann qui pressentit l'existence des bactéries, et les désigna arbitrairement sous ce terme.

Il existe des malentendus historiques dans notre discipline, que l’on ne peut rectifier qu'en étudiant l'histoire et la science au temps d’Hahnemann.

J'aurais l'occasion d'y revenir ailleurs et en détail, et ici encore, nombreux seront les tabous concernant Hahnemann qui tomberont, en particulier en ce qui concerne les symptômes dits mentaux.

L'image de marque que nous nous faisons d' Hahnemann est tout a fait erronée. Ne croyez pas aveuglément à ce que l'on vous dit le concernant, mais revenez aux documents historiques de base, c'est à dire, sa correspondance, celle de Boenninghausen et surtout celle de Marie-Mélanie d’ Hervilly, son épouse française. Après cette digression historique, que je développerai complètement et à fond plus tard, revenons au sujet traité.

Nous nous devons de suivre la même démarche historique, c'est à dire d'utiliser pour l'Homéopathie, non seulement les disciplines qu'utilisa notre prédécesseur, mais aussi la toxicologie et la pathologie iatrogène.

Il faut bien savoir que c'est le Belge Hodiamont , timidement précédé par Kent, Clarke, Mouezy-Eon, Duprat, Julian, Voisin, qui restructura toute l'Homéopathie, en s'appuyant sur :

La composition chimique des remèdes,
La chimie organique et minérale,
La physiologie normale et pathologique,
La toxicologie expérimentale et criminelle,
La botanique simple et expérimentale.

Il explique les symptômes, les modalités, les latéralités mêmes, à partir de ce qui sous-tend le génie du remède, sa composition chimique.

Sur un plan plus général, toute modification chimique de notre milieu intérieur engendre un dysmétabolisme labile (maladie aiguë), ou chronique (maladie chronique) ; ou afin de mieux préciser ce que je veux dire, on pourrait écrire, en empruntant certaines idées de Laborit et de Monod, que le dysmétabolisme engendre des modifications physiques et mentales de l' Être Humain ; ce ne sont là que l'énoncé d'idées générales, qui " engouffrent " l'Homéopathie dans l' Étude passionnante de la Biologie Comportementale.

b) Toujours en nous appuyant sur les travaux d'Hodiamont, nous allons aborder l'étude des remèdes composés qui ne peuvent nullement être obtenus à partir de l'analyse répertoriale ; car, ces remèdes doivent être utilisés dans notre palette thérapeutique.

Le Répertoire n'est qu'un instrument ; nous pensions jusque là qu'il ne pouvait émettre qu'un seul son, celui du symptôme, nous découvrons de nos jours, qu' intelligemment utilisé, il peut nous jouer bien d'autres " airs "


Les Remèdes Composés

La meilleure manière de définir comment procéder est de partir d'un exemple. L'analyse répertoriale nous propose 5 remèdes ; parmi ces 5 derniers, nous ne retenons que les trois premiers, mais ces remèdes sont tellement proches les uns des autres que nous n'arrivons pas à nous décider pour l'un des trois.

La pratique montre que dans un tel cas, le malade a besoin d' un remède composé. Désignons arbitrairement les trois premiers remèdes :

1 Calcarea carbonica
2 Phosphorus
3 Arsenicum Album

Il est impossible de décider si notre patient est un Calc., un Phos., ou un Ars.?

N’oubliez pas qu'il ne s'agit que d'un exemple didactique. Les remèdes composés possibles sont donc :
Calcarea phosphorica et Calcarea Arsenicosa.

Deux possibilités se présentent à nous :
Le remède ainsi formé possède une pathogénésie, on vérifie à l'aide du Boericke, du Clarke ou des New Remedies de Kent, si cette pathogénésie couvre bien le " génie "du malade et de sa maladie.

Le remède ainsi formé ne possède pas de pathogénésie, mais les deux remèdes d'où l'on est parti en possède une complète ou parcellaire (Hahnemannienne, toxicologique, ou clinique), et le patient présente une symptomatologie de l'un et de l'autre ; on peut prescrire ce remède composé en toute sécurité, compte tenu des conseils de Kent, Hodiamont, Clarke, Hui Bon Hoa, etc..

De plus, sur ce remède composé ainsi dégagé, s'applique les clinico-biochimiques d' Henri Bernard. Ainsi, en ce qui concerne Calcarea Arsenicosa, on ne peut éliminer :
Magnesia Arsenicosa,
Kalium Arsenicosum,
Natrum Arsenicicum,
Baryta Arsenicosa (ne figure pas au codex),
Ammonium Arsenicicum.

Les deux limites à la prescription étant
1/ l'absence de pathogénésie,
2/ l'absence de figuration au Codex Homéopathique.

Seule la seconde limite est impérative (pour le moment tout au moins).


Synthèse Pratique

Voici que nous aboutissons à la fin de ce grand chapitre, si important, en ce qui concerne notre pratique de Médecin Homéopathe Généraliste, Il convient de synthétiser en lignes " les grandes lois de guidance pratique ".

Tout d'abord, le premier aiguillage est celui de :

L’analyse répertoriale, avec ou sans polychrestes.

Ensuite, viennent :

Les stades clinico-biochimiques,

Et pour terminer,

La reconstitution d’un remède composé à partir des directives de Kent, Hodiamont, Schmidt, Hui Bon Hoa, Clarke, etc.

ainsi que par l'aspect typologique du patient.

Sur ce dernier plan, seules deux typologies concordent avec la réalité clinique, ce sont pour les Anciens :
La typologie biochimique de Von Grauvögl, sur laquelle Antoine Nebel, repris pas Lathoud, s'est fortement appuyé. C'est a dire :
Oxygénoïde,
Carbo-nitrogène,
Hydrogénoïde.

Et pour les modernes, celle d' Henri Bernard,
Sulfur Neutre, Gras et maigre,
Phosphorique et Carbonique,
Constitutions mixtes.

Constitutions que l’on retrouve dans Hodiamont, et même dans Grauvogl.

Les autres systèmes, sont d'un autre âge, et ne sont utiles que sur le plan pédagogique, compte tenu des progrès énormes réalisés par la biochimie, l’électronique l'anatomo-pathologie, l' embryologie et l'informatique.

Finalement, quels sont les critères utiles et véridiques d'applications de tous ces concepts pratiques de biochimie et d'homéopathie ?

Ce sont essentiellement

L' application clinique de tous les jours,
La vérification du postulat par la prescription,
La simplicité de vérification clinique.


La Préséance Thérapeutique

Il ne suffit pas de trouver le bon remède, ou mieux, les bons remèdes successifs, qui mèneront votre patient à la guérison ; encore est-il nécessaire de posséder une technique et une stratégie d'application de notre discipline qui est tout-à-fait méconnue ou ignorée.

Prescrire plusieurs remèdes en alternance, c'est déjà introduire la confusion dans l'esprit du prescripteur, mais également dans le corps du patient ; il s'agit toutefois d'être indulgent, car ce n'est qu'un mécanisme de " sécurité ".

Par contre, l'erreur lourde, grave de conséquences, réside dans la prescription homéopathique à tous vents (même uniciste), sans établissement d'un plan thérapeutique, d'une série thérapeutique établie en tenant compte non seulement du patient, mais également de la nature même de notre remède, de son essence, de son génie, c'est à dire de sa composition chimique.

Lors de la première prescription, il convient de ne jamais prescrire de remède chimique, mais au contraire

Un leveur de barrage, ou

Un réactivateur de terrain, ou

Un remède végétal.

Ce n'est qu'ensuite, et si l'état du malade le permet, que viendra

Le remède chimique, ou

Le remède animal.

Dans ce cas, il convient de débuter par le bas de la série thérapeutique, et de remonter peu à peu, vers le simillimum en se laissant guider uniquement par l'état clinique du patient.

On passe ainsi des corps composés vers les corps simples, ou encore de sels vers les corps composés ou les corps simples.


Bibliographie

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Auteur: Dr Robert Séror
Source: http://www.homeoint.org/seror/articles2/biochimique.htm
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