Le futur du Répertoire

Préface de la quatrième édition de la traduction française du Répertoire de Kent Et de quatre ! Cette nouvelle édition s'est fait attendre malgré les très nombreuses demandes de lecteurs depuis plusieurs années. De profonds remaniements au sein des Editions Similia sont à l'origine de ce retard et c'est au Docteur Max Tétau que nous devons d'avoir enfin rendu possible cette publication. Je lui exprime ici toute ma gratitude. Cette édition sera la dernière de la série « classique » si je puis dire, c'est-à-dire conforme à l'esprit dans lequel Kent a travaillé. Les ajouts respectent les notions de classement du particulier au général, et le Répertoire fonctionne comme un index de la Matière Médicale. Cette approche classique demeure indispensable et incontournable, les signes et les symptômes formant le socle intangible de notre pratique. Mais une évolution du concept répertorial s'annonce désormais à cause de l'évolution de l'homéopathie pendant les quatre vingt dix ans écoulés depuis le décès de Kent. Je ne veux surtout pas dire par là que nous soyons de meilleurs prescripteurs que ne l'étaient ces géants du passé comme Kent, Hering, Guernsey et les autres, bien au contraire. Je veux simplement faire pragmatiquement référence à l'accumulation de nombreuses données (confirmations cliniques, nouvelles pathogénésies, etc.) qu'il va nous falloir exploiter d'une façon ou d'une autre. Dès l'époque de Hahnemann, les développements exponentiels de la Matière Médicale ont conduit à construire des répertoires pour s'orienter dans la jungle des symptômes observés. De nos jours, la poursuite de cette même logique répertoriale nous conduirait à des ouvrages inflationnistes au volume de plus en plus démesuré à mesure de l'incorporation de nouveaux symptômes. Ce gigantisme nous mène à son tour à une impasse dans le développement des nouveaux répertoires. Faudra-t-il créer des répertoires de répertoires ? Une crise se dessine donc. Elle est le signe d'une nouvelle étape dans le développement de l'homéopathie elle-même. En effet, tout comme l'océan primitif qui recouvrait toute la planète a fini par se retirer pour laisser apparaître les continents, il est l'heure maintenant qu'émerge une logique dans la masse informe de renseignements expérimentaux recensés depuis 250 ans. En d'autres termes, les temps sont mûrs pour une approche de synthèse des données pathogénétiques contenues dans le Répertoire et la Matière Médicale. Il doit exister un fil conducteur parmi les venins de serpents, les loganiacées, les éléments de telle ou telle colonne du tableau périodique, etc. L'approche phylogénique va sans doute permettre d'unifier les propriétés des remèdes végétaux et animaux. Rajan Sankaran a tracé la voie pour les végétaux : leur propriétés semblent pouvoir se classer d'après la notion de sensation propre à chaque famille de plantes (voir Insight into Plants). Inspiré par ces travaux, j'ai pu mettre en pratique une approche originale notamment dans les familles des Astéracées (Composées) et des Apiacées (Ombellifères) (Ces cours donnés à l'école feront l'objet d'une future publication). Un véritable langage apparaît, qui nous échappe en grande partie, basé sur les formes, les couleurs, l'habitat, la texture, l'allure du développement de la plante. En attendant les futurs travaux d'un Champollion de la nature, voilà de quoi relancer la vieille doctrine des signatures qui m'était toujours apparue comme une survivance médiévale... En ce qui concerne les remèdes d'origine animale, j'ai pu montrer dans une étude récente consacrée aux venins de serpents comment une approche synthétique est possible. Ceci nous a permis de prescrire bien plus facilement cette catégorie de substances et de poser facilement l'indication de Cenchris, Naja, Elaps et autres Crotales qui nous auraient parfaitement échappé auparavant. Il ne fait aucun doute pour moi que ceci se généralisera assez aisément aux autres substances animales. L'idée principale de ces produits semble être l'adaptation à une situation de danger, avec la notion de compétition, de territoire, de lutte pour la survie. Le monde minéral ne peut se comprendre sans l'étude des propriétés chimiques et des relations entre les éléments. Le tableau périodique nous donne des prémices de compréhension : Jan Scholten, l'un des pionniers de cette approche, a déjà trouvé quelques belles perles et publié des ouvrages remarquables (Voir "Homoeopathy and the Elements"). Mais il faut « descendre » au niveau quantique et comprendre les réactions des orbitales électroniques pour progresser et découvrir des lois qui ne sont pas apparentes dans l'arrangement classique de Mendeleïev. Alors la beauté et la logique de l'ensemble se révèle, les symétries se dessinent, et le sens général se dégage. Cette beauté mathématique permet à son tour de déduire le comportement des composés chimiques, que ce soient par exemple les sels minéraux, les acides ou les ammoniums. A peine la carte générale se dessine-t-elle que déjà une Terra Incognita commence à nous fasciner et que nous brûlons d'explorer ! Il s'agit des Lanthanides qui composent le bloc f à partir de l'élément 57. Ces éléments omniprésents à la surface de la terre (le plus rare d'entre eux étant plus abondant que l'argent !) semblent pourtant se dérober à nos regards. Complètement occultés dans la vie courante ou en homéopathie, ils occupent une place indispensable dans de très nombreuses applications technologiques depuis le laser en passant par l'IRM. D'après ce que nous pouvons déduire du schéma général, ces douze éléments encore jamais explorés homéopathiquement risquent de faire parler d'eux dans les prochaines années. J'ai été tout entier absorbé par mes recherches à ce niveau avec l'équipe de PH, et les résultats cliniques nous émerveillent. Je ne doute plus aujourd'hui de la justesse de ces nouveaux concepts qui vont probablement changer à tout jamais notre compréhension de la Matière Médicale. Des médicaments comme Zincum arsenicicum, Gallium, Arsenicum metallicum, Germanium, Stannum, Kalium bromatum, Natrum fluoratum, Argentum metallicum, Hydrogenum, Néon, Oxalic acidum, etc. se trouvent tout simplement et logiquement appelés par la cohérence du cas. Les nouvelles règles de prescription qui se dégagent ont le mérite d'être parfaitement générales et de s'appliquer donc sans exception à tous les composés, chaque élément chimique ne représentant finalement rien de plus qu'une solution particulière d'une équation générale. C'est cette généralisation qui m'a énormément séduit car elle permet de ne plus risquer d'interprétations hasardeuses quine s'appliquent qu'au seul remède étudié. Le fait même que la règle soit générale et se décline à tous les éléments lui donne un cachet de vérité, de vérisimilitude comme disait Karl Popper. Une nouvelle parution est en préparation afin de partager ces nouvelles connaissances. Je me prends déjà à rêver d'un futur répertoire basé sur les « méta symptômes » des éléments, et qui tel un grand orgue de la chimie nous permettrait de retrouver cas par cas le composé indiqué en pianotant sur son clavier. C'est le chantier de la décennie qui s'annonce là. Ce défi sera relevé grâce à l'indispensable traitement informatique des données du Répertoire rendu enfin possible par les progrès de PcKent. Je salue le génie informatique de Nicolas Massonnat qui a réalisé dans la nouvelle version 2.0 un véritable un véritable monument tout en élégance. Grâce à de nouveaux algorithmes, nous allons littéralement pressurer le Répertoire afin d'en générer un nouveau qui sera plus adapté aux données modernes. Mais ceci est une autre histoire et je vous donne rendez-vous sur Planète Homéo pour suivre le déroulement de cette aventure ou vous y joindre si le cour vous en dit ! Annecy le Deux Juillet 2004 Auteur: Dr. Edouard Broussalian Source: http://www.planete-homeo.org/pros/repertoire/futur-repertoire.htm