Le langage du Répertoire

Pour de nombreuses personnes qui n'ont pas encore été entraînées à l'étude répertoriale, la valeur pratique d'un tel travail reste incompréhensible. L'article qui suit a été préparé pour éclaircir certaines des difficultés auxquelles sont confrontés ceux qui n'ont pas la formation pour tirer le maximum de l'index que procure le répertoire moderne et ainsi leur permettre de se familiariser avec les arcanes du Répertoire qui ouvre les portes de notre Matière Médicale.

Le médecin doit étudier les principes homéopathiques jusqu'à ce qu'il apprenne ce qui, dans la maladie, oriente vers le remède curateur.

Il doit étudier la Matière Médicale jusqu'à apprendre ce dont il a besoin pour répondre à cette question.

Il doit ensuite étudier le Répertoire jusqu'à apprendre comment l'utiliser de telle sorte qu'il puisse y trouver ce qu'il veut quand il en a besoin.

Il faut admettre que beaucoup ne font qu'un travail mécanique et n'arrivent pas à réaliser qu'il est possible de procéder d'une autre façon. Le médecin doit lire et relire les rubriques du Répertoire pour apprendre ce qu'il contient et comment les symptômes sont exprimés. Souvent, il verra une rubrique ou un symptôme qu'il n'aurait pas pensé chercher à cet endroit ; il devra alors bien réfléchir à l'endroit où il aurait cherché pour créer ensuite une ou plusieurs références croisées qui le guideront dans le futur vers la rubrique ou le symptôme.

Beaucoup échouent dans l'utilisation du Répertoire parce qu'ils pensent aux symptômes en langage de pathologie ou parce qu'il cherchent des expressions du langage médical. On doit se souvenir que les symptômes nous viennent d'expérimentateurs laïcs ; que les gens malades sont des laïcs. Chacun d'eux exprime la maladie dans le langage du profane et le Répertoire doit être un index de la Matière Médicale. Tout effort pour traduire soit la Matière Médicale soit le Répertoire dans le langage de la médecine allopathique conduira à un échec total.

Le langage technique condense l'idée d'une maladie donnée. C'est là tout ce dont on a besoin pour transmettre tout ce qu'il y a à savoir d'un médecin à un autre jusqu'à ce qu'il soit question du remède, et alors une nouvelle question surgit : Quel est le remède ? La réponse s'obtient en posant une autre question : Quels sont les symptômes ? Les symptômes sont le langage des malades et de la nature : la nature non éduquée - toute simple - qui interpelle un médecin éduqué. Les symptômes d'un patient n'ont pas de signification pour un médecin non formé - non formé à comprendre la signification des symptômes du patient, de l'expérimentateur - ; dès lors le Répertoire ne signifie rien pour lui. Cela explique pourquoi si nombreux sont ceux qui essayent d'utiliser le Répertoire et échouent : ils n'ont eu aucun enseignement dans nos prétendues écoles d'homéopathie.

Tous ceux qui savent comment se servir d'un Répertoire réussissent et aucun d'eux ne l'a jamais abandonné. Il semble étrange que tous n'essaient pas de trouver quelqu'un qui leur apprenne à l'utiliser surtout quand il y a de nombreuses personnes qui ne demandent que cela ; il semble étrange qu'ils ne désirent pas savoir comment utiliser le Répertoire ; il semble étrange qu'ils n'aient pas appris à noter le langage précis du patient, le langage de la Matière Médicale et le langage du Répertoire.

Les médecins qui n'ont jamais appris ces méthodes de travail ne voient pas de différence quand le même symptôme apparaît chez trois patients différents de la même famille. bien que l'un présente ce symptôme à 10 h du matin, le deuxième à 13 h et le dernier à 16 h ; l'un se sent mieux à la chaleur, l'autre au froid et l'état du troisième n'est affecté ni par l'un ni par l'autre. Et j'ai connu certains de ces médecins qui m'ont demandé : " Mais qu'est-ce que cela vient faire là-dedans ? "

Trois patients souffrent de céphalées comparables : l'un se sent mieux en plein air, l'autre avec des applications froides et le troisième avec des applications chaudes. Et de nouveau on pose la même question : " Mais qu'est-ce que cela vient faire là-dedans ? " Pourtant, ce sont justement les différences les plus élémentaires que l'on doit rechercher.

Le praticien manquant d'expérience dans notre matière s'entraîne mentalement, à réunir, condenser, concentrer et cela le mène dans la direction opposée à celle qui est requise. Dans notre Matière Médicale, il existe de grandes rubriques, mais celles-ci sont ensuite subdivisées en conditions, circonstances et modalités jusqu'à ce que la plus petite différence dans le temps, la localisation, le degré et la manière soit prise en compte de telle sorte que la distinction ou l'individualisation vienne à l'esprit. " Qu'est-ce que cela vient faire là-dedans ? "

Si je dis " faiblesse ", même mes propres étudiants diraient " C'est un symptôme général commun ", mais si le patient est faible :
- après avoir mangé au point de se coucher un instant :
- quand il fait chaud ;
- après la selle ;
- après un effort mental ou physique ;
- après avoir dormi ;

Il ne faudra pas s'étonner si Sélénium guérit un tel cas. Quand un tel groupe de modalités est associé à un catarrhe du nez, de la gorge et du larynx ou un carcinome et qu'il y a :
- désir de grand air ;
- manque de chaleur vitale :
- amaigrissement en vieillissant ;
- extrême sensibilité aux courants d'air - même chauds - ;

Il ne reste à l'homéopathe qu'une chose à faire : donner Sélénium.

Comment un médecin inexpérimenté peut-il trouver le remède sans un Répertoire bien utilisé ? L'utilisation correcte du Répertoire permet une prescription spontanément juste dans les cas simples et cela après dix ou vingt années de pratique. L'utilisation mécanique du Répertoire ne mène jamais à une prescription artistique ni à des résultats remarquables.

Certaines caractéristiques mentales vont de concert ; certaines d'entre elles sont nécessaires à un bon travail artistique de Répertoire tout comme d'autres sont à exclure.

Certains esprits ne peuvent comprendre que la dynamisation d'un médicament donné est possible en proportion de l'homéopathicité de celui-ci par rapport à un groupe donné de symptômes. S'il n'y a pas similitude, on n'a fait que donner une dilution. A quel moment la dilution devient dynamisation est une question que seul celui qui pratique l'art de guérir peut comprendre autrement qu'en théorie. Le médecin qui peut comprendre cela clairement peut apprendre à saisir la valeur des symptômes et peut donc, avec l'aide du répertoire, comparer les symptômes de son patient. Autrement, le travail répertorial est purement mécanique.

Peut-être qu'un cas clinique illustrera mieux le sujet.

Mme S., âgée de 47 ans, est une femme très excitable, presque hystérique. Depuis de nombreuses années, elle souffre de violentes céphalées occipitales :
- depuis des années, celles-ci l'obligent à prendre des remèdes toxiques ;
- survenant à peu de jours d'intervalle ; elle ne passe jamais une semaine sans en avoir une ;
- durent trois jours ;
- aggravées par les secousses ; ce sont la chaleur et la pression qui soulagent le mieux ;
- constipation, pendant une semaine, n'a aucun besoin d'aller à la selle, puis prend un laxatif. Elle dit : "J'ai tout pris".
- selles dures et petites rassemblant à des crottes de mouton ;
- désir de grand air, d'air frais ;
- bouffées de chaleur ;
- règles absentes dernièrement ;
- urines peu abondantes et d'odeur forte ;
- sensation que ses yeux ne lui appartiennent pas ;
- froid aux genoux et au-dessous des genoux ;
- très fatiguée et excitable ;
- hypersensible, tout son corps est extrêmement sensible au toucher.

Quels sont les symptômes particuliers, rares, étranges, de cette patiente ?

Les remèdes qui correspondent aux selles dures en boules rondes ressemblant à des crottes de mouton et qui correspondent également à un grand désir de plein air sont : Alum., Bar-c., Carb-an., Carb-s., Caust., Graph., KALI-S., Mag-m., Nat-m., Nat-s., Op., Sulph.

Aucun besoin d'aller à la selle pendant plusieurs jours : ALUM., Carb-an., CARB-S., Caust., GRAPH., Kali-s., Mag-m., Nat-m., OP., Sulph., et beaucoup d'autres sans rapport avec le cas.

Céphalée occipitale : Alum., Carb-an., CARB-S., Mag-m., Nat-m., Op., SEP., Sulph.
agr. par les
secousses : Carb-s., Mag-m., Nat-m., Sulph.
agr. par la pression : MAG-M., NAT-M., Sulph.
agr. par la chaleur : Mag-m.

Le traitement a été le suivant :
Le 4 mars : Magnesia muriatica, XM.
Le 9 avril : Magnesia muriatica, XM.
Le 20 mai : Magnesia muriatica, LM.

Il n'y a plus eu depuis de maux de tête et elle est restée en bonne santé.

Dans ce cas, le mal de tête est quelque chose de courant, mais c'était de cela que la malade voulait qu'on la guérisse. Le symptôme particulier est le seul difficile à expliquer : les selles en boules dures ressemblant à des crottes de mouton. Ce n'est certainement pas courant ; ce n'est pas une selle naturelle aux êtres humains bien portants ; ce n'est un symptôme diagnostique pour aucune maladie. On pourrait se demander quel genre de commotion peut, dans l'intestin, briser une selle dure en d'aussi petits morceaux et les malaxer jusqu'à ce qu'ils soient plats, ovales et ronds et petits comme une selle de mouton. Une selle normale, une selle habituelle, est tout à fait différente. Il y a donc là quelque chose " d'étrange, rare, et particulier ".

Et maintenant, comme elle a un désir de grand air, il sera bon d'éliminer de la rubrique précédente ceux qui n'ont pas un désir de grand air. Tel sera notre point de départ.

Puis nous prenons la rubrique suivante en importance, c'est-à-dire l'inactivité intestinale, l'absence d'envie d'aller à la selle pendant une semaine. Les remèdes qui restent pourront être examinés du point de vue de l'anamnèse qui précède.

Ainsi procède-t-on jusqu'à la fin, choisissant les symptômes selon leur ordre d'importance. Le résultat, c'est une guérison.


Auteur: Dr. James T. Kent
Publié à "The homeopathician", janvier 1913.
Traduit de l'américain par Edouard Broussalian en collaboration avec Mme. Roselyne della Faille.
Source: http://www.planete-homeo.org/pros/repertoire/langage-repertoire.htm